Je vous avais laissé à l’issue du
premier tour des cross à Clamart qui m’a valu un pass vers les championnats régionaux 2026.
Cette deuxième étape sur un parcours différent à Meaux, rassemblait les coureurs de la Zone Est : 75, 77, 93 et 94. Autrement dit, plus de 200 filles sur la ligne de départ du cross long, dont des stars comme Anais Quemener.
L’enjeu était clair, les objectifs tout autant : fixer une stratégie de course, s’y tenir et s’accrocher à la volonté quand le corps commence à flancher. Mais je savais cette fois à quelles difficultés j’allais être confrontée, et quelles ressources je devrais mobiliser pour y faire face.
Difficultés, niveau, émotions : tout était en place pour faire de ce deuxième tour un très beau moment de sport, tant à titre personnel que sur le plan collectif (magnifique tir groupé des filles des Cadences Runners, avec trois qualifications aux championnats inter-régionaux sur trois engagements).
Écrit par Marion
5 min de lecture
Mis à jour le 18.02.2026
L’arrivée sur le site : préparation, concentration, fous rires
Si le premier tour avait un petit air de sortie à la campagne entre amis, l’ambiance de ces championnats régionaux de
cross-country était à la concentration et à l’application. Pluie quasi constante, froid et grisaille lugubre : ça rigole plus des masses pendant le trajet jusqu’à Meaux.
À l’arrivée, un détail nous frappe : la GADOUE. Le parcours est glissant, en attestent les runners qui patinent plus qu’ils ne cavalent. Le terrain impose de mettre les pointes de 15 cm (arme de crime ? peut-être) : un mélange de boue sableuse et de chemins creusés par les flaques, agrémentés de faux plats et parsemés de jolies montées. Impeccable.
Quelques minutes avant le départ, nous n’étions plus dans cette nonchalante préparation comme aux départementaux. Visages fermés et paroles rares, l’heure était à l’économie d’énergie, à l’introspection et au rassemblement de nos forces en vue de l’effort à venir. Seuls des échanges de regards complices alors que nous accrochions nos dossards signalaient que nous étions là les unes pour les autres : nous sommes ensemble et ça, ça donne de la force.
Le départ : un cérémonial conçu pour jouer avec les nerfs
Déjà l’heure de se placer sur la ligne de départ, chaussées de nos pointes aux allures d’armes du Moyen Âge, après un échauffement rapide sous une pluie digne d’un hivers à Londres.
Le cérémonial du départ est toujours le même, plus solennel encore par sa sobriété. Pas de speaker, pas de Conquest of Paradise, mais un rituel immuable et quasi religieux. Les coureurs se regroupent dans une sorte d’avant-sas, marquant le début d’une attente qui semble s’étirer à la mesure de la volonté des bénévoles.
Tout le monde s’avance comme un seul corps pour se placer sur une première ligne (inutile de se précipiter : c’est une feinte puisqu’il ne s’agit pas encore de la ligne de départ).
Arrive enfin le moment où les coureurs sont autorisés à se placer sur la véritable ligne de départ ; moment de vérité où s’expriment, dans des effluves de Baume du Tigre, plusieurs types de personnalité :
- Les confiant(e)s, qui ont couru plus d’un championnat, stars de leur club ciselé(e)s dans leur maillot, venu(e) pour un podium ou un top 10 - et pas moins ;
- Les ultra-stressé(e)s aux multiples stratégie d’évacuation, parlant fort, racontant des blagues à tout le pelonton, voulant juste en finir le plus vite possible ;
- Les comme-moi, alternant anxiété et impatience, curieuses de l’expérience et ayant pour seul objectif de réaliser une course dont on peut être fier(e).
Tout cela est très long et j’avoue, je maudis intérieurement les bénévoles qui semblent un peu prendre plaisir à jouer avec les nerfs des coureurs. Mais je dois rester stoïque, ne pas me laisser imprégner par la fébrilité, pour ne pas reproduire le départ navrant du premier tour.
Même si j’ai encore des progrès à faire pour demeurer pleinement dans l’instant présent, certaines techniques de visualisation et de concentration semblent avoir fonctionné. Après un départ en contrôle (et pas en roue libre comme au premier tour), je me place vite car les chemins sont étroits et - je le constate après 300 mètres - doubler est une gageure.
La course : garder confiance en soi et en sa stratégie
Le décor ? Un parcours de cross d’équitation (avec des obstacles fixes à franchir). Il m’a rappelé, moi qui monte à cheval depuis plus de 20 ans, mes toutes premières compétitions de concours complet quand j’avais 10 ans.
Pas d’allées cavalières pour les coureurs néanmoins, mais un chemin instable et sinueux, tout en virages et en relances, bordé de branches qui fouettent le visage à la moindre tentative pour doubler sur les côtés. Clou du spectacle : une côte sableuse à gravir trois fois, surnommée - avec l’absence totale de mesure qui me caractérise - la Dune du Pilat.
"disclaimer : le slogan "partir à fond, rester à fond et finir à fond", ça marche pas."
Il fallait donc éviter le piège d’un premier kilomètre hors de contrôle qui flatte l’égo mais conduit inévitablement à l’explosion, courir intelligemment, et aller au delà du slogan “partir à fond, rester à fond et finir à fond” (disclaimer : cette stratégie ne fonctionne pas).
Le premier tour me semble long mais je reste en maîtrise et en embuscade, décidée, pour une fois, à me tenir à mon plan de course. Je tente même une traversée droit dans une flaque “pour l’expérience”. Bon, je ne recommande pas. Par contre, la stratégie d’attendre en confiance et de me servir de l’énergie des autres semble fonctionner puisque je grapille quelques places par-ci, par là, notamment dans la fameuse côte en sable façon Dune du Pilat.
Le deuxième tour est le plus difficile mentalement puisque l’arrivée semble loin alors que la brûlure est déjà là. La course se joue ici : je lâche prise sur ma position dans la course et ne pense plus qu’au mouvement en lui-même. Je vois la course comme un jeu dans lequel il faut prendre plaisir à négocier ses virages serrés, ses relances, les zones en sable dont il faut se sortir, en essayant de “kill camer” quelques coureurs par-ci par-là (toujours dans le respect évidemment).
À l’arrivée, c’est ce mélange addictif de douleur, d’une joie brute et simple et du lactique qui fait raconter n’importe quoi. Notamment : “à quand la prochaine ?”.
Le bilan : une course pleine, des apprentissages et une qualification inattendue en demi-finale
À peine le temps de franchir la ligne d’arrivée que mes amies du club me rejoignent pour célébrer ensemble ces 7km d’aventure. Quoi de plus beau que de voir nos efforts récompensés par nos qualification aux championnats inter-régionaux ?
"...les cross sont une négociation entre la stratégie fixée et tout ce [qu'ils] comportent d'incontrôlable."
Quelques jours après ce deuxième tour je constate déjà que les cross ont eu un effet positif sur mes sensations : je me sens plus légère sur le bitume, les jambes plus toniques… même le dénivelé de Montmartre semble (un peu) moins mordant.
Quand la course se rapproche du scénario espéré, il en résulte un inestimable gain de confiance et l’assimilation d’une expérience de compétition menée avec intelligence car portée par la confiance et le plaisir de se sentir aligné dans un mouvement juste.
De manière plus générale, j’ai compris que les cross étaient une confrontation, une négociation entre la stratégie fixée et les réactions en pleine course, dans tout ce qu’elles comportent d’aléatoire et d’incontrôlable. La configuration des parcours et l’absence de chrono encouragent cette flexibilité d’esprit, mais cette qualité me semble aussi indispensable en course sur route ou en trail. L’art des champions, auquel j’aspire, est de garder cette ouverture d’esprit face aux imprévus, cette réactivité et cette capacité d’adaptation — surtout quand la course s’éloigne du scénario idéal. Il faut le dire, ça demande aussi une bonne dose d’humilité, tant par rapport au sport que face à meilleur que soi.
Au delà des chronos, au delà des RP, je retiendrai de ces cross cette joie limpide qui fait que l’on retourne encore et encore sur la route ou les sentiers, quelles que soient les conditions, au plus proche des gestes élémentaires.
Les cross nous apprendraient-ils à courir plus intelligemment ? La réponse (mesurable en chiffres) aux prochains épisodes !