Un dossard, c’est plus qu’un simple bout de papier : c’est un fragment de vie. Entre 4 épingles s’écrivent des émotions, des apprentissages et des anecdotes.
Dans ce compte-rendu, je vous emmène en Toscane, au cœur de l’Italie carte postale – celle qui sent le ristretto bien corsé et la Margarita traditionnelle – pour ma course de rentrée, sur le format 50km du Chianti
Ultra-Trail by UTMB.
Écrit par Baptiste
11 min de lecture
Mis à jour le 25.03.2026
LE CONTEXTE : "L’HIVERNATION" : 4 MOIS DE PRÉPARATION SOBRE & CONSISTANTE
L’année 2025 s’est conclue plus tôt que les précédentes.
Courir la Diagonale des Fous, mi-octobre, plutôt que la
SaintéLyon, fin novembre, m’a offert la découverte d’une coupure plus longue, et plus sereine. En effet, l’automne – par sa météo moins idéale pour le trail et pas encore optimale pour le ski – est propice au sport plaisir et parcimonieux. Ces 6 semaines de montagne douce et partagée – sans plan d’entrainement et sans consigne autre que celle de ne pas trop en faire – m’ont régénéré comme rarement.
Lorsque j’ai repris une démarche de performance structurée, début décembre, je me sentais habité d’une énergie saine. J’avais faim d’une préparation hivernale sobre et studieuse. J’étais frais et disposé à faire les choses bien : doucement, progressivement.
Ainsi, ont suivi 15 semaines d’entraînement consistant (entre 20 et 30h hebdomadaires) entrecoupées de phases de récupération de 3 jours disséminées ici et là au gré de la fatigue.
Les piliers de cette « hivernation » passée majoritairement à la maison, à Combloux, furent les suivants :
- La discrétion, notamment sur les réseaux sociaux, pour abaisser la charge mentale et cognitive liée à une exposition médiatique croissante.
- Le ski, en masse. Je ne suis pas bien bon mais qu’est-ce que j’aime ça... J’ai déjà effectué 180 000 D+ mais en multipliant les journées dehors et les semi-longues plutôt que les grosses doses (pas d’Everesting par ici).
- Un cycle de VO2 sur home-trainer, pour développer le moteur en évitant les chocs sur décembre-janvier ; puis un transfert sur des séances qualitatives à pied à partir de début février. La charge à pied depuis février est d’environ 50 à 70km par semaine, hormis lors d’un stage dans le Lubéron, avec les copains (110 km). Un kilométrage voulu assez faible afin de garder une marge en vue de cet été.
- La préparation physique – que j’apprends à aimer – à raison d’une séance tous les 4/5 jours.
L’AMBITION : SE DÉMARRER, ET SE FAIRE DÉMARRER
Je préfère parler d’ambition plutôt que d’objectif. C’est un conseil que me rappelle régulièrement mon préparateur mental. Pourquoi ? Car l’objectif a cet inconvénient d’être binaire. Atteint ou non-atteint. Blanc ou noir...
”... l'ambition, elle, accepte le gris et la nuance.”
©Simon Dugué pour Miles Republic
À l’issue de cette préparation studieuse, où j’ai l’impression d’avoir passé un cap grâce à ma consistance, je souhaitais épingler un dossard qui fasse sens. Un dossard qui me permette de découvrir une terre, partager un moment avec des gens qui comptent, sortir de ma zone de confort et étalonner les compétences façonnées pendant l’hiver sur une course de haut-niveau.
Le format 50 km de Chianti by UTMB s’est alors imposé comme une évidence :
- Une approche plus détachée qu’une hypothétique participation aux Championnats de France de trail 2026, que j’aurais eu du mal à appréhender comme une course de reprise, eu égard de l’attachement que j’ai pour l’épreuve
- L’opportunité d’un week-end entre potes, car Simon, mon coach et ami depuis plus de 8 ans, et Greg, mon manager, s’alignaient également en Italie.
- Un plateau relevé avec quelques-uns des meilleurs spécialistes mondiaux sur la distance.
Bref, je n’avais qu’une envie : bosser en m’amusant.
Me démarrer et me faire démarrer.
Autour de 3 mots-clés : vitesse, liberté et intuition.L’ÉVÈNEMENT & LE PARCOURS : LES "STRADE BIANCHE" DU TRAIL
J’ai adoré l’évènement. Car il recoupe les standards d’organisation que l’on peut attendre d’une course de haut-niveau ; sans que cela n’altère cette authenticité qui fait le charme du trail qu’on aime, celui qui n’a pas changé, et ne changera jamais. J’ai aimé l’équilibre du breuvage et la subtilité du dosage : la compétition, sans oublier la convivialité ; le sport, sans transiger avec l’immersion culturelle.
”Des montagnes russes à travers les vignes qui font la popularité du raisin toscan.”
Le parcours de 46 kms et 2000 D+ peut s’apparenter – pour les fans de cyclisme – à un Strade Bianche de la course à pied. Roulant certes, mais sans aucun kilomètre plat. Il s’agit de montagnes russes à travers ces vignes abruptes qui font la popularité du raisin toscan. Un tracé au goût de madeleine de Proust : cela m’a rappelé ces sentiers qui ont fait naître la passion, autour de Saint-Etienne, dans les Monts du Lyonnais, le Pilat ou le Beaujolais. Un up & down incessant, très punchy, sur des chemins majoritairement larges et propres. Autant dire qu’il était parfaitement adapté au tracteur que je suis, plutôt adepte des longues montées et descentes en endurance de force !
©Léo Girard pour Miles Republic
LA COURSE : AU RUPTEUR, ESPRIT PIERRA-MENTA
Simon Gosselin est une personne qui m’est chère. C’est mon coach et mon ami depuis plus de 8 ans. Ce week-end était, en quelques sortes, la célébration de nos noces d’endorphines. C’est un entraineur exceptionnel doublé d’un athlète talentueux. Il sort de deux années complexes, où il n’a pu exprimer son plein potentiel. La cause ? Une blessure dont il a décelé la nature il y a seulement quelques mois.
La joute de dimanche l’a confirmé, Simon est bien de retour !
La veille au soir – juste avant d’éteindre notre lampe de chevet pour entrer dans cette nuit d’avant-course toujours tourmentée, entre excitation et appréhension – on embrassait discrètement l’espoir d’un scénario de course idéal : "Imagine on a tous les deux de bonnes jambes, on est exactement au même niveau, et on fait toute la course ensemble...".
"Les chances sont infimes, mais imagine quand même..."
©Simon Dugué pour Miles Republic
À notre plus grand bonheur, tout s’est déroulé comme nous l’avions secrètement espéré... On ne s’est jamais attendu mais on s’est poussé du départ à l’arrivée. Inspiration Pierra Menta : sport individuel, mais esprit de cordée. On a fait cadeau à l’autre de notre meilleure version du jour. Les paroles furent rares, les échanges primaires : « Je suis à bloc là ! », « Tu te sens comment ? », « Gère-toi, on attaque la plus longue ascension. », « Regarde le pack devant, c’est pas si loin, on peut rentrer ! » ... Dans ce contexte, les actes valent plus que les mots. À chaque fois que l’un décélérait, l’autre prenait le relais.
Le premiers tiers de course fut rapide, mais l’intention était claire : jouer. On a donc décidé, d’un commun accord, de monter dans le wagon de tête. 185 de FC dans la première bosse, 186 dans la deuxième... Bref, on s’est fait secouer, mais on était venu pour ça. Quel kiff.
À mi-course, on a levé le pied, non par choix, mais par obligation : devant, ce n’est tout simplement pas notre niveau, c’est une classe au-dessus. Un bon groupe de chasse s’est alors constitué pour le top 5. Dans celui-ci : Nadir Maguet (une référence sur format maratrail, et gars super cool !), Marcin Kubica (5ème des derniers Mondiaux de trail court) et Mattia Bertoncini (2ème de cette même épreuve du Chianti by UTMB 50km en 2025).
S’encourageant l’un l’autre, prenant de longs relais, on a alors serré les dents, ensemble, pour assumer ce start osé et ralentir le moins possible. Franchir la ligne d’arrivée bras dessus bras dessous – à l’issue d’une performance qui nous satisfait tous les deux, dans un chrono pour lequel on aurait signé (3h23), à la 7ème place ex-aequo – fut un moment puissant. Dont le souvenir brillera longtemps
©Simon Dugué & Léo Girard pour Miles Republic
LE BILAN : MON PLUS BEL EFFORT SUR FORMAT COURT
J’ai trouvé cette course plus difficile que la Diagonale des Fous. Dans la mesure où j’y ai souffert plus intensément, plus longtemps. Je préfère clairement avancer dans la zone orange propre aux ultras, que batailler dans la zone rouge qui caractérise les trails plus courts. Ce ressenti est certainement dû au fait que ces formats ne sont pas mon effort : pas celui auquel je me prépare, ni celui pour lequel je suis fait.
En revanche, j’ai adoré sortir de ma zone de confort. Ça valait le coup, grâce à Simon. L’amitié est une source d’énergie quasiment inépuisable quand il s’agit d’aller creuser profondément dans ses retranchements.
Les chiffres sont positifs :
- 3’40 de VAP moyenne sur 3h23 d’effort, sur un parcours roulant, avec quelques portions plus techniques disséminées par-ci par-là.
- Une première moitié de course autour de 3’25 de VAP moyenne avant de progressivement ralentir (pour ne pas dire exploser) au gré de l’activation du mode survie.
- Si l’on regarde le classement, nous sommes entourés dans ce top 10 de très bons athlètes, qui se préparent spécifiquement pour ce type de format. C’est flatteur, mais on ne s’enflamme pas. Francesco Puppi, le grand vainqueur, auteur d’une performance qui me parait assez éblouissante, nous remet les pieds sur terre, en nous collant un écart aux senteurs de fessée : 13 min, c’est la marge pour ne pas dire la marche qui nous sépare..
- 186 de FC Max sur la course, pour une FC moyenne de 173. Autant dire que le caisson a vibré fort. Et que j’ai accueilli l’inconfort à bras ouverts.
Le déroulé de l’épreuve ainsi que l’analyse de ces datas valident la progression et le cap passé sur les distances plus courtes. Chianti by UTMB constitue certainement mon plus bel effort sur 3-4h de temps. Il aura néanmoins manqué de bornes (et de dispositions naturelles) pour emmener ces progrès au-delà du 30ème km de course.
LA NUTRITION : 100 GR DE GLUCIDES PAR HEURE
J’ai de nombreux points faibles. Et la nutrition truste la première place de ce classement. Ceci est la réminiscence de petits démons passés dont je me libère petit à petit (pour celles et ceux qui souhaitent en savoir plus, j’évoque cette problématique complexe dans
L’ENVERS DU DOSSARD #4 : LES CHAMPIONNATS DU MONDE DE TRAIL).
Il s’agissait donc d’une vraie résolution, déterminée comme un hiver rugueux, que de poursuivre mon chemin sur ce sujet. Bien accompagné par le Näak Lab et son nutritionniste, Jocelyn Guillot, j’ai donc avancé sereinement, progressivement, ces derniers mois, conscient que le palier ne se franchirait pas du jour au lendemain.
Mes intentions de l’hiver :
- Limiter les entraînements à jeun, trop nombreux les saisons passées.
- Intégrer a minima 40 à 50 gr de glucides par heure sur les séances intenses ou longues.
Cette course offrait donc le cadre idéal pour un
gut training grandeur nature. Voici donc la liste de ce que j’ai mangé et bu à intervalles réguliers sur ces 3h23 de course :
- 3 flasques de Drink Mix Boost Näak (1 chargée à 60 gr / 2 à 40 gr)
- 2 gels Boost caféinés Näak
- 2 gels Boost électrolytes Näak
- 2 gels Boost classiques Näak
Soit environ 100gr de
glucides par heure de course.
C’est probablement ma petite victoire du week-end : absolument 0 trouble digestif et une courbe énergétique sans trou d’air malgré un apport élevé. Quel kiff de n’avoir ressenti au niveau du ventre que la rage de bien faire, plutôt que les spasmes.
L’ÉQUIPEMENT : MES 3 INDISPENSABLES POUR CETTE COURSE
Les chaussures Cloud Ultra Pro : la paire de On que j’utilise tout le temps en compétition, redoutables sur ces parcours peu techniques où il convient d’aller vite.
Un prototype de cuissard On, avec plusieurs poches bien pensées : on teste des trucs en vue de l’UTMB.
La montre Forerunner 965 : je n’ai pas de contrat avec Garmin, en revanche je porte fièrement un partenariat engagé avec Back Market. Cette montre est donc reconditionnée, et fonctionne parfaitement. Ne pas avoir le réflexe de toujours acheter neuf. Et contribuer à l’économie circulaire.
LA SUITE : MONITORER L’ENDURANCE DE MOTIVATION
L’intensité de la course et les courbatures qui en résultent vont me permettre de créer, volontairement, une petite coupure entre les préparations hivernale et printanière. Un repos mérité, pensé comme un trait d’union entre deux chapitres. L’idée étant de gérer son endurance de motivation sur le long terme pour arriver pleinement disposé physiquement, mentalement et émotionnellement, fin août, pour mon objectif principal de la saison :
l’UTMB.
D’ici là, je vais essayer de construire la suite patiemment, en augmentant très progressivement le kilométrage à pied, tout en cultivant le plaisir et l’intérêt des sports croisés tels que le ski de randonnée et le vélo. Ceci, à nouveau, pour entretenir cette marge en vue d’un été que j’envisage plus spécifique sur la pratique du trail.
Une course de préparation qui nourrit pas mal d’enthousiasme et répond à plusieurs enjeux devrait venir baliser ce second bloc d’entraînement. Je tâche de ménager le suspense quant à celle-ci. Paraît-il qu’entretenir un peu de tension est la clé d’un bon récit.
Si tu es arrivé.e jusqu’ici, bravo pour ta résilience et merci pour ton soutien.
Cela entretient ma motivation à poursuivre ce type de communication à rebours de la dynamique actuelle, faite de vitesse et de buzz.